Rémi Deulceux

RÉMI DEULCEUX

AUTEUR

Rémi Deulceux est en résidence d’auteur au Clastic Théâtre à compter de janvier 2014, dans le cadre des Résidences d’Écrivains en Île-de-France, dispositif du Conseil Régional d’Île-de-France.


 

A partir de la décision de monter la pièce Suite de chiffres pour Mannequins de couture première pièce de l’auteur, François Lazaro engage une série de rencontres avec Rémi Deulceux conçues comme autant de discussions dramaturgiques sur le chemin de la réalisation d’une représentation (spectacle, oratorio ou installation spectacle)

La régularité mensuelle du Laboratoire Clastic permettra d’opérer, à vue, des lectures partagées de plus en plus abouties, en vue de la réalisation du spectacle : d’abord lecture à la table, à voix nue puis lecture avec maquettes faisant intervenir, de plus en plus, enregistrements et projections d’images.

En mars 2012, le texte de Rémi Deulceux Suite de chiffres pour mannequins de couture a été lu pour la première fois dans le cadre du Laboratoire Clastic. Il a été lu une seconde fois, le 18 février 2014 au Laboratoire en ouverture de la résidence active de Rémi Deulceux.

Parallèlement, la résidence au Clastic Théâtre permettra à Rémi Deulceux la mise en place d’un chantier d’écriture à vue, de sa prochaine pièce: Si l’être Salomé.

Rémi Deulceux, envisage de mettre en scène lui-même Si l’être Salomé. Des ébauches de mise en forme pourront venir éclairer les enjeux dramaturgiques. Des rencontres avec des publics pourront venir apporter des éclairages à cette tentative d’interrogation d’un texte en fabrication.

De façon réciproque, Rémi Deulceux accompagnera dramaturgiquement le montage de Suite de chiffres pour mannequins de couture et François Lazaro accompagnera artistiquement le projet de Rémi Deulceux pour l’écriture de sa prochaine pièce, SI l’être Salomé.

« POURQUOI UNE RÉSIDENCE D’AUTEUR ?

 Le Clastic Théâtre travaille depuis de nombreuses années à l’émergence d’une écriture contemporaine, pour le théâtre qui utilise des objets des pantins, des marionnettes, en bref, des moyens dépassant la simple incarnation des personnages par le corps des comédiens ; un chantier poétique d’objets et de corps mêlés.  Un théâtre qui aujourd’hui fait sens.

Chemin faisant la compagnie a tissé des liens extrêmement forts avec les écrivains de théâtre : huit années d’ateliers croisés auteurs-marionnettistes co portés avec le Centre National des écritures du spectacle  de la Chartreuse de Villeneuve les Avignon, de 1996 à 2004 , depuis 1998, un Laboratoire mensuel consacré à l’expérimentation du texte contemporain par les objets et les marionnettes. Une centaine de projets de jeunes metteurs en scène montant des auteurs vivants par la marionnette, accompagnés dans leur chemin vers le public.

Sans oublier un compagnonnage de 20 ans avec l’écrivain de théâtre Daniel Lemahieu qui a déjà donné lieu à 5 créations.

Il est essentiel que les œuvres  des jeunes auteurs aboutissent au plateau, pour s’y confronter, pour trouver une forme, pour exister. Il est essentiel que les auteurs entendent que la représentation au théâtre est aujourd’hui en pleine interrogation et qu’ils s’y confrontent.  

Qu’est-ce qu’écrire aujourd’hui ?

RÉMI DEULCEUX

J’ai rencontré Rémi Deulceux par l’entremise de son texte dramatique précédent que nous sommes en train de travailler, Suite de chiffres pour mannequins de couture.

Dans ce texte le sujet (la catastrophe), la langue parfois étrange, l’adresse : « pour mannequins de couture », qui me renvoie à Kantor, la proximité, sur un autre plan,  de Beckett « terre couverte de cendres.. », l’émergence de l’antique, de l’archaïque, tout me pousse à approfondir l’étude de ce texte mais aussi à engager une discussion, un travail, un compagnonnage avec Rémi Deulceux.

 Pour la prochaine création du Clastic Théâtre, je convoque ce matériau de chantier. S’agira-t-il d’une réécriture, d’une autre écriture ou d’une remise en perspective ? Besoin d’expérimenter. Le plateau guidera notre travail. Conscience de la naissance d’un auteur. Désir de l’accompagner. Désir de m’en nourrir. 

 Désir  aussi d’explorer, de découvrir ( ?) une autre forme, un autre chemin pour la marionnette. Le texte actuel de Deulceux laisse imaginer une large place à l’image projetée, au virtuel et au cybernétique. Quelles formes de représentation alors, pour œuvrer au plus près des racines de la langue de cet auteur ?

 A L’ARTICULATION DE L’INCARNÉ ET DU DÉSINCARNÉ, DU VIVANT ET DU DISPARU.

 L’écriture de Rémi Deulceux semble errer dans ce no-mans-land entre vivant et non vivant, inerte et animé, mort et réincarné, existant et disparu. 

 Il convoque des fantômes, fait ressusciter Hérode, fait parler des cadavres et des morceaux d’humain, la boue, l’eau, les ruissellements… On ressent que la représentation de ses propositions ne peut se contenter de simples incarnations par le truchement des corps des comédiens. Cette écriture appelle des ailleurs, des artifices d’une autre nature. 

 Même si la vie n’arrête pas d’y surgir, elle le fait dans un contexte où la vie a disparu, par le truchement d’une catastrophe ou du fait que les figures convoquées, personnages historiques, ont disparu depuis des siècles. 

 Au moment où certaines hypothèses prospectives projettent la disparition de l’humain ou tout du moins de l’humain sur terre (un héros et quelques équipiers arrivant toujours à s’échapper à bord d’une station interplanétaire dans la plupart des films), les propositions textuelles de Rémi Deulceux insinuent un degré supplémentaire dans le questionnement largement répandu dans nos conversations : en quoi consiste l’humain si ce qui peut parler de l’humain peut ne pas être humain ?

 EN CE QUI CONCERNE LE DISPOSITIF

Le dispositif spécifique du Clastic Théâtre (Compagnonnage – Laboratoire – résidences – liens avec les publics) met en place des cadres de travail qui permettent l’émergence de nouvelles écritures.

En mars 2012, le texte de Rémi Deulceux « Suite de chiffres pour mannequins de couture » a été lu dans le cadre du Laboratoire Clastic. Ce texte a provoqué interrogations, discussions, projets. 

En partant de ce premier texte dramatique écrit par Rémi Deulceux, le Clastic Théâtre invite l’auteur en résidence d’écriture sur deux années, 2014 et 2015 pour l’écriture de son projet, Si l’être Salomé. 

Le projet de résidence consiste à accompagner un auteur dans le développement et l’affirmation de son écriture, dans le développement et l’affirmation de sa parole, de ce pourquoi il nous convoque par la production d’une œuvre littéraire ou dramatique.

En se positionnant en soutien à l’émergence d’auteurs contemporains, il nous est apparu important de proposer des terrains d’expérimentations aux auteurs vivants. Rémi Deulceux travaille son écriture littéraire et dramatique par la mise en voix et en espace, avec des artistes. Nous lui proposons de l’expérimenter avec notre équipe au sein de notre lieu de création. 

De façon réciproque, Rémi Deulceux accompagnera dramaturgiquement le montage de Suite de chiffres pour mannequins de couture et François Lazaro accompagnera artistiquement le projet de Rémi Deulceux pour l’écriture de sa prochaine pièce.   En tant qu’auteur associé, Rémi Deulceux participe à la vie artistique de la structure, par exemple en assurant la co-animation du fonctionnement du Laboratoire Clastic ou d’ateliers en lien avec le territoire. 

La résidence au Clastic Théâtre permettra à Rémi Deulceux la mise en place d’un chantier d’écriture à vue, de sa prochaine pièce: Si l’être Salomé. Des ébauches de mise en forme pourront venir éclairer les enjeux dramaturgiques. Des rencontres avec des publics pourront venir apporter des éclairages à cette tentative d’interrogation d’un texte en fabrication. »

François Lazaro, Juin 2014

Le Compagnonnage, vu par Rémi Deulceux

L’écriture est un acte solitaire.

C’est faire face à une forme de néant, l’infini du monde, y avancer à tâtons pour une quête dont l’objet n’est jamais clairement défini et y trouver quelque chose qu’on ne cherchait pas forcément.

C’est du silence tout autour et beaucoup de bruit à l’intérieur.

C’est une voie incertaine, imprévisible.

Cette solitude, je ne l’ai jamais souhaitée, j’ai toujours voulu travailler avec les autres, créer des espaces communs, se nourrir d’échanges, faire partie d’un ensemble.

La création comme source de lien.

Et toujours le souci d’une écriture qui serait « utile », visant un idéal : contribuer à faire du monde un meilleur endroit où vivre.

Ma rencontre avec François Lazaro et le Clastic Théâtre est née dans le partage. La lecture d’une pièce, Suite de chiffres pour mannequins de couture, que j’avais écrite quelques temps auparavant. Je savais ce travail inachevé, imparfait. Mais je voulais en parler, transmettre, entendre et écouter. Les avis, les questions que ce texte pouvait soulever.

Cette rencontre, c’est avant tout celle-ci : celle d’une écriture avec une vision du théâtre faite d’art et d’artisanat, de recherches et d’expérimentations, de générosité et d’ouverture vers l’Autre. Une forme d’humanisme, l’utopie toujours en ligne de mire.

Le Laboratoire Clastic est une ouverture du théâtre à tous une fois par mois. Dans ce cadre tous peuvent venir présenter un projet en cours d’élaboration et engager une discussion avec le public. Un espace convivial et intime, fait et pensé pour l’échange, la discussion. Et dès la première fois, je m’y suis senti à l’aise, presque à ma place. Très vite l’envie de participer, de faire partie de cette aventure que François avait initiée. Ouvrir le travail et le remettre en question régulièrement.

Il y a une forme d’arrogance dans le fait d’écrire. Délivrer une parole, l’imposer à l’autre d’une certaine manière. Ces confrontations mensuelles sont peut-être une manière d’atténuer cela, permettant de ne jamais oublier que la littérature doit s’offrir à l’autre.

Le territoire de la marionnette, de l’objet, de la délégation m’était encore assez étranger. J’en avais une perception limitée. C’est avec le Clastic que j’y ai mis un pied.

Ce monde m’ouvrait alors de nouvelles perspectives dans la construction même de la langue.

Je travaille l’écriture comme un patchwork. Il y a le cadre, le sujet et le texte vient par bribes, des sortes de jaillissements. La narration se construit alors par la succession ou la juxtaposition de ces différents éléments. Cette pratique, je ne l’ai pas conceptualisée, elle s’est imposée à moi et avec elle est née une sorte de culpabilité, un complexe de la ligne droite.

 En découvrant la marionnette, il n’y avait plus d’obligation à imaginer la voix transiter par un corps. Tout pouvait devenir vecteur, enrichissant alors la parole et les moyens d’expressions. Une liberté immense et le Verbe partout.

Cette liberté parfois violente s’imposait notamment dans une certaine fin de l’incarnation. Là où mes premiers écrits se voyaient habités de personnages, ceux-ci sont devenus de plus en plus encombrants. Leur disparition s’est imposée dans le travail que nous menons avec François sur Suite de chiffres… 

Et cela a affecté de la même manière l’écriture en cours : il ne s’agissait plus de parler de personnages mais de paroles quelqu’en soit l’origine (des restes de cadavre, la boue ou l’eau, une tête décapitée, des morts qui ressuscitent, des gravats…)

J’ai eu alors l’impression qu’on me donnait une clé pour rentrer dans ma propre écriture, assumer son aspect fragmentaire, éclaté. Et y trouver une force plutôt qu’un manque.

 COMPAGNON, n.m. : Celui qui partage les occupations, les aventures, le sort d’une autre personne.

 Ce compagnonnage avec François Lazaro, c’est rompre la solitude de l’écriture, c’est aller constamment à la rencontre d’un autre regard, s’y confronter et se sentir enrichi, nourri par une autre manière d’appréhender l’art et le monde. C’est me mettre au service d’une aventure commune, c’est aussi l’envie de donner l’écriture à quelqu’un, c’est l’expérimenter au plateau.

A l’évocation du mot compagnonnage, je ne peux me défaire de l’idée d’être pris par la main, d’être amené quelque part, d’être initié à quelque chose. Un nouvel univers artistique, esthétique, une pensée avec ce que cela comporte d’inconnu, de danger, de remises en question.

Le compagnonnage comme une invitation dans un nouveau monde.

C’est ce double mouvement qui aujourd’hui donne tout son sens à cette collaboration.

Rémi Deulceux, juin 2014