LABORATOIRE CLASTIC > 23 SEPTEMBRE 2014

LABO CLASTIC
Le texte contemporain et la marionnette sous toutes ses formes
Laboratoire d’expérimentation de formes dramatique par la marionnette, l’objet, les matériaux.

Laboratoire Clastic, 15e année

Le Laboratoire constitue un appel à projets permanent. Il se veut un moment, hors les obligations de production, pour explorer librement des formes d’interprétation, des pressentiments, des options, des pistes de travail, des entreprises fragiles. Il se veut aussi un lieu de redécouverte du théâtre par les objets et les corps artificiels.

Il est également un lieu d’auscultation du texte contemporain. Le théâtre a besoin d’auteurs, de dramaturgies fortes, de contenus à partager. Il ne peut se réduire à un simple moment de divertissement. Nous avons pensé un moment que la bataille des auteurs était gagnée. Il n’en est rien. La réalité de la diffusion théâtrale nous redit l’engouement du public (ou des diffuseurs ? ou des politiques ?) pour les formes faciles, étonnantes, nouvelles, formelles, divertissantes.

Peut-on, doit-on, faut-il, continuer ? A travers le temps, le Laboratoire fonctionne comme une porte ouverte à l’inconnu, parfois submergé, parfois désert. Il demeure un moment irremplaçable, comme un ostinato en musique, qui ne dit rien en soi mais maintient la tension. Le laboratoire restera un lieu de résistance.

François Lazaro

 

Mardi 23 septembre 2014, à 18h30
au Clastic Théâtre,

Comment pourraient-ils faire ?
Collectif NAPEN
Présentation d’étape
Avec Manuel Congréta , Noémie Géron , Emma Hoche , Denis Lamotte, Romain Le Gall-Brachet

 

« – Eh, qu’est-ce que vous faites?
– Qu’est-ce qui se passe? je ne sais pas ce qui se passe.
– On perd le contrôle de l’avion,là.
– On a tout perdu le contrôle de l’avion, on comprend rien, on a tout tenté.
– Euh… »
CRASH, et ce n’est que le début…

Une histoire de marionnettes pour acteurs, philosophe des cavernes, dinosaures en plastique, géocroiseurs en polystyrène, mappemonde à roulette, porte-conteneurs, marins ukrainiens, vodka et
l’humanité toute entière.

Le collectif NAPEN pose la question de l’écriture collective d’un spectacle.

« L’objet du de ce labo, pour nous, est de revenir au Clastic après plusieurs mois de réflexions, de constructions et de mise en pratique du jeu. Nous avons passé trois semaines à construire le décor et nos marionnettes et avons fait une semaine de résidence début septembre après le dernier labo, qui nous a fait beaucoup avancer, en particulier au niveau de la dramaturgie. »

Cette présentation débat sera suivie d’une semaine de résidence au Clastic Théâtre où le collectif compte essentiellement travailler sur le jeu et la manipulation

Elle dormait tranquillement là où Hécate a enterré ses chiens
de Rémi Deulceux
Forme n°7
Par Rémi Deulceux

En résidence au Clastic Théâtre, de mois en mois, Rémi Deulceux poursuit, dans l’échange avec le laboratoire, son élaboration d’un texte dramatique ayant pour point de départ le mythe de Salomé et sa confrontation aux sources historiques. Après un an de réécritures superposées, s’étant nourri des nombreux retours des participants au Laboratoire, il arrive à une forme qui lui semble un terme envisageable.

 

« À la lumière du travail effectué ces deux derniers mois, ce qui me semblait être une contrainte, à savoir la réintroduction du mythe dans le corps même du texte sans pour autant céder au didactisme, s’est avérée être une bonne manière de redéfinir le cadre de la pièce qui s’ouvre désormais sur une messe en l’honneur de Jean le Baptiste. Voilà la raison du rassemblement des voix de ce texte. Voilà également la raison pour laquelle Salomé est convoquée.

Maintenant que je suis parvenu à ce qui me semble être la dernière version, je m’interroge sur les modes de représentation possible. Il ne s’agit plus seulement d’éprouver la langue au contact du plateau, de tester son oralité, mais de comprendre ce qu’investissent ces paroles : Faut-il des comédiens sur scène ? Si oui, combien ? Ou ne sont-ce que des voix ? Et combien ?

Pour ce laboratoire de rentrée, j’ai pris le parti de tester l’absence totale de corps sur le plateau, de travailler sur des voix sans incarnation. Il s’agira donc d’une installation sonore dans laquelle sera plongé le public.

Enfin, avec la fin de l’écriture, un nouveau titre, le dernier, s’est imposé. Après Si l’être Salomé devenu PASSION/Salomé, la pièce s’intitule Elle dormait tranquillement là où Hécate a enterré ses chiens. La figure d’Hécate, mêlant féminité et mort dans la mythologie grecque, divinité de la fertilité autant que de l’Ombre, devient une parente de Salomé et vient enrichir le Panthéon désormais définitif du texte. » Rémi Deulceux

CHRONIQUE CLASTIC n°6
par Rémi Deulceux

Mémoire de laboratoire
En présence de : Laurent Berger, Anne-Claire Boggio, Nicolas Bouteloup, Yohann Chanrion, Manuel Congreta, Caroline David, Rémi Deulceux, Noémie Géron, Julie Heiligenstein, Emma Hoche, Romain Le Gall, Aurélia Labayle, Céline Laly, Denis Lamotte, François Lazaro, Claire Leconte, Véronique Leray, Adrien Leroy, Olivier Mavré, Hamedi-wexa Nean, Aurélie Vilette.

En cette rentrée 2014, le Laboratoire Clastic nous montre encore une fois, si cela était nécessaire, à quel point il est précieux. Un lieu, un moment où les choses s’offrent, se partagent. Un lieu, un moment où le mot collectif prend tout son sens. Un espace de dialogue et d’échange, un endroit de création, de débat, de réflexion. Un espace de liberté et un espace de résistance. Car la création doit se faire avec les autres. Notre force, c’est ici qu’elle réside, dans cette capacité à créer des liens, des chemins de pensée, dans cette envie sans cesse renouvelée de faire du théâtre un espace populaire au sens étymologique, pour le peuple et par le peuple. Que chacun puisse s’emparer un moment des propositions qui naissent au sein du Clastic Théâtre.
Notre force réside dans le sens du commun.
En cette rentrée 2014, nous réaffirmons la nécessité d’un art ouvert et à l’écoute, sans pour autant céder sur ses exigences.

Comment pourraient-ils faire ?
​Collectif NAPEN

Après la présentation de leur projet lors du laboratoire de janvier, le collectif NAPEN revient nous présenter la suite du travail.

Comment pourraient-ils faire mêle divers mythes, récits et allégories. On y retrouve pêle-mêle des écrits philosophiques, l’Ancien Testament, le rapport final du bureau des enquêtes accidents sur le vol AF 447, des prévisions scientifiques sur les trajectoires des objets célestes.

Ici, trois extraits nous sont proposés dont le collectif nous précise que s’ils ne sont pas consécutifs les uns des autres, la chronologie du projet est néanmoins respectée.
Nous assisterons donc ce soir au procès de Galilée, à la Genèse et à l’Apocalypse.

Comme lors de leur première visite, le collectif se tient à une pluralité de forme. Les scènes fonctionnent par tableau (chapitres ?) et chacune voit se développer un stratagème théâtral. Confrontation de l’homme et de la marionnette dans le procès de Galilée. Manipulation de petits animaux de plastiques pour la création du monde. Théâtre de papier pour l’Apocalypse.

Cette pluralité tient à leur réflexion revendiquée sur les notions de collage et de détournement.
Le procès de Galilée est mené par des marionnettes à cheval sur un globe terrestre prêt à les mettre à terre par là même où Galilée est attaqué. Le texte est extrait de La vie de Galilée de Brecht.

La genèse a lieu avec ce que notre époque offre de plus manufacturé (un malheureux ptérosaure en plastique vient s’écraser contre le ciel du 5ème jour). Ces jouets sont manipulés par un homme-Dieu qui leur donne leur voix propre. Un bien sympathique homme-singe viendra se plaindre de sa condition – trop de poils à son goût.

Enfin, l’Apocalypse – ou quelques heures avant la fin du monde – voit s’accumuler autant de petits représentants de notre époque : mannequins, politiques, people, une sorte de jet-set du monde moderne. Et si la fin du monde devait avoir lieu maintenant, comment pourraient-ils faire ?

Mais cette apparente diversité laisse percevoir ce fil directeur tenu par l’interrogation des rapports entre la science et la croyance, entre l’homme et dieu. Qu’avons nous créé et quoi en faire.

Le projet du collectif continue donc sa route pour une forme finale fin 2014 début 2015.

Comment pourraient-t-ils faire ? Collectif NAPEN

Elle dormait tranquillement là où Hécate a enterré ses chiens.
De Rémi Deulceux
Forme N°8, par Rémi Deulceux

Le projet autour du mythe de Salomé et du traitement de la femme continue. Salomé a disparu du titre et elle reste muette.

Comme prévu, la forme proposée cette fois-ci a vu disparaître les corps en présence, absence totale d’incarnation. Une bande-son se diffuse tandis que le public est installé sur des rangs de chaises au milieu de la scène. J’ai voulu explorer la piste de l’immersion du spectateur dans le dispositif, dispositif qui recrée l’idée d’un lieu de culte. Deux néons, une ampoule de couleur, de la hauteur, un livre ouvert, une sorte de nef au Clastic.

Une première impression, en pensant cette présentation, j’ai le sentiment d’avoir réussi le pari d’être à la fois auteur et metteur en scène. Là où certains passages avaient été conservé par l’auteur, le metteur en scène n’a pas hésité à couper, à se séparer de moments qui pouvaient lui paraître redondants voire superflus. C’est une nouvelle liberté.

Techniquement, le travail sonore présente plusieurs défauts. Tout d’abord, j’ai voulu modifier, trafiquer les voix pour les « déshumaniser » mais trop d’effets ont eu raison de la compréhension de plusieurs partie du texte. Nous avons perdu une partie de l’écoute, de l’intelligibilité.
Par ailleurs, seules trois personnes ont été enregistrées et c’est encore trop peu. Chaque voix doit avoir un timbre propre, une rythmique caractéristique. Ces défauts devront être corrigés pour la prochaine présentation.

Le rituel central de la pièce, celui qui amène la « résurrection » d’Hérode, Hérodiade et Jean-Baptiste s’avère extrêmement efficace.
Comment faire naître un phénomène de transe au sein de l’assistance ? Certains membre du public ont suivi les injonctions qui leur étaient faites : Levez vous. Chantez. Asseyez vous. Silence.
Mais se reposer sur la seule réaction du public peut-être problématique si personne ne se prête à ces ordres. Ce qui pose la question de spectateurs-figurants pouvant initier le mouvement.

Ce passage a tant fonctionné qu’il en élude presque l’histoire même de la pièce.
Comment réussir à concilier les deux ? Ce sera une autre piste de travail.

Enfin, il m’est apparu clairement lors de ce Labo que la structure tripartite de la pièce (La création, le Chaos, Les Lamentations) doit être plus clairement définie. Il faudra penser à renforcer les ruptures, les transitions entre chacune d’elles.

C’est plein d’idées nouvelles, plein d’envies de mise en scène que je termine cette présentation, persuadé que l’immersion du public est une piste à suivre.

Mon ange
De Guillermo Rosales
Aurélie Vilette et Aurélia Labayle

Aurélie Vilette et Aurélia Labayle ont entrepris l’adaptation du livre Mon Ange de Guillermo Rosales. Ce projet a pour point de départ une envie de transmettre ce texte, un rôle revendiqué de passeurs.

Ce texte traite de l’enfermement d’un homme, débarqué de Cuba, dans un asile psychiatrique délabré. Quels liens existent entre les patients et ceux qui dirigent le lieu ? Quel rapport un patient noue-t-il avec son espace dans de telles conditions ?

Le duo évolue autour d’une chaise vide, abîmée, inutilisable. Et pourtant c’est autour de cette chaise que tout va se jouer, que l’espace va prendre consistance. Cette chaise est à la fois la chambre de l’homme, les grilles du réfectoire, l’absent ou les morts.

Elles viennent interroger ici, entre autre, la possibilité du passage du roman au théâtre. Comment retranscrire cette langue, cette histoire? Comment faire entendre cette folie et ce désespoir ?
Elles ont pris le pari du dénuement, elles deux et cette chaise. Encore beaucoup de possibilités ouvertes.

Le projet débute et elles viendront nous en présenter la suite au prochain laboratoire.

​ACTUALITÉ

Vous pouvez aussi consultez les activités de nos 4 partenaires, Lieux Marionnette d’Ile-de-France :
Le Théâtre aux Mains Nues (Paris 20ème)
La Nef (Pantin)
Le Mouffetard – Théâtre des Arts de la Marionnette
Le Théâtre Jean Arp à Clamart

THEMAA
Le PAM portail des arts de la marionnette

LE LABORATOIRE CLASTIC

L’utilisation de marionnettes et d’objets, interroge et renouvelle les formes de l’interprétation et re-poétise la représentation au théâtre. Qu’est-ce qui oeuvre au coeur de cette émergence et bouleverse la représentation ? Au delà des mots, quelles images ?

Chaque mois, le laboratoire réunit, interprètes confirmés amateurs, metteurs en scène, auteurs, plasticiens et jeunes artistes. Chacun apporte et montre son travail. Il s’agit d’un jardinage collectif pour conserver au théâtre sa biodiversité naturelle. L’espace d’une soirée fertile, essais, brouillons théâtraux, fouilles collectives, permettent d’explorer les textes des écrivains de théâtre d’aujourd’hui pour partager questionnements et regards et inventer de nouvelles écritures. L’erreur, le doute, le bégaiement sont le terreau même de notre pratique de laboratoire, notre trésor commun.

Le Laboratoire Clastic représente une plateforme pilote qui lie expérimentation, création, formation, recherche et insertion. Il est devenu, de fait, un lieu de formation continue, sauvage et collective.

Le Laboratoire Clastic est soutenu par le Ministère de la Culture DRAC d’Ile-de-France, la Région Ile-de-France, le Conseil Général des Hauts-de-Seine, la Ville de Clichy-la-Garenne et la SACD.

PROCHAIN LABO
mardi 4 novembre 2014N’hésitez pas à nous faire part de vos projets à expérimenter et à partager.
CLASTIC THEATRE
62, boulevard Victor Hugo, 92110 Clichy – Métro Porte de Clichy.
01 41 06 04 04 – clastic@clastictheatre.comwww.clastictheatre.com
LIEUX COMPAGNIES MARIONNETTE EN ILE-DE-FRANCE
LA NEF MANUFACTURE D’UTOPIESConcours d’éloquence marionnettique : Initiation à la fabrication et à la manipulation d’un muppet articuléStage tout public dirigé par Carole Allemand, plasticienne et Jean-Louis Heckel, marionnettiste et metteur en scèneDu lundi 20 au vendredi 31 octobre 2014 (pendant les vacances de la Toussaint) du lundi au vendredi, de 10h à 18h (10 jours, 70h)

Une semaine de fabrication consacrée à des personnages tranchés à la Daumier, dans un univers animalier. Une galerie de personnages et de portraits style muppet avec articulation de la bouche pour travailler dans la deuxième semaine sur le thème des grands discours qui ont changé le monde.
Possibilité de prise en charge Afdas (ou autre)

Renseignements et inscriptions : formations@la-nef.org – 01 41 50 07 20​​
THEATRE AUX MAINS NUESAgain Festival, 7ème édition du festival de marionnettes à gaine du Théâtre aux Mains NuesDu 17 au 31 octobreRéservations au 01 43 72 19 79 / Tarif préférentiel de 7 € pour les abonnés de la newsletter

Tous les spectacles ici et sur notre site internet www.theatre-aux-mains-nues.fr