LABORATOIRE CLASTIC > 20 JANVIER 2015

 

LABO CLASTIC
Le texte contemporain et la marionnette sous toutes ses formes
Laboratoire d’expérimentation de formes dramatique par la marionnette, l’objet, les matériaux.
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Faire un petit dessin du monde
J’ai toujours considéré les caricaturistes comme des maîtres en art. Comme eux, en mettant en scène, je me suis toujours efforcé d’effectuer un petit dessin du monde qui soit inoubliable. L’économie, la précision, l’engagement de leur trait nous montre la voie. A tous, le Clastic Théâtre souhaite une année 2015 d’obstination, de passion et de résistance à toute forme de découragement et d’accoutumance au convenu.
François Lazaro.

LABO
du Mardi 20 janvier 2015, à 18h30

au Clastic Théâtre

Interpréter par la marionnette
Atelier de pratique théâtrale

Institut d’études théâtrales de l’université Paris 3 Sorbonne nouvelle
projet Pinocchio , de Joël Pommerat
Candice Adam, Eugénie Thierry, Clément Navarro.

Durant le premier semestre 2014 – 2015, François Lazaro a animé cet atelier de pratique qui s’est finalisé, la semaine passée, par un stage de 5 jours au Clastic Théâtre. Certains étudiants, engagés dans d’autres formations théâtrales ou des emplois durant cet inter-semestre, présentent une étape de travail, en décalé, au Laboratoire.
La marionnette propose à l’interprète une expérience radicale : représenter le personnage par d’autres moyens que la totalité de son propre corps. Pour découvrir, cet autre théâtre qui propose une « interprétation par délégation », l’atelier a convoqué objets ready-made, matériaux bruts, journaux chiffonnés, pour constituer des corps étrangers propres à convoquer des présences fictives. Nous avons effectué une approche des phénomènes d’interprétation par délégation, à travers des exercices d’animation d’objets et de formes, pour découvrir le personnage « hors de soi ». Nous avons observé par ce prisme les notions de représentation, de présence, de distance, de projection.

Durant le stage final, les étudiants ont mis cette instrumentation théâtrale particulière à l’épreuve du texte dramatique et plus particulièrement des textes d’auteurs d’aujourd’hui.

CHRONIQUE CLASTIC n°9
par Rémi Deulceux

Mémoire de laboratoire
Mardi 9 décembre 2014

En présence de : Rime Ateya, Pierre Blaise, Myriam Cassan, Damaris Daverio, Fabien Deulceux, Rémi Deulceux, Xavier Deulceux, Lenie Devieux, Veronika Door, Florence Garcia, Sylvie Garreau, Sévil Grégory, Clément Grimaud, Marie Hébert, Jean-Louis Heckel, Aurelia Ivan, Aurélia Labayle, François Lazaro, Claire Leconte, Laure Lunel, Danièle Mirmand, Romain Le Gall-Brachet, Aurélie Vilette.

Elle(s) dormait tranquillement
là où Hécate a enterré ses chiens

de Rémi Deulceux

Forme n°11
Avec les voix de Pascaline Baumard, Myriam Cassan, Chloé Delaume, Rémi Deulceux, Aurélia Ivan, François Lazaro et Guillaume Lecamus.

Ou la clarté ennemie du rêve

Cette présentation de l’état de mon écriture, clôturait la résidence d’écrivain, commencée il y a un an, dans le cadre du programme de résidences de la Région Île de France. J’ai voulu, pour la seconde fois au Laboratoire, présenter un dispositif immersif plongeant les spectateurs, placés au centre du plateau, face au mur, dans une écoute d’enregistrements diffusés en plusieurs points de l’espace et à différentes intensités. Le travail d’enregistrements a été envisagé avec moins d’effets sonores qu’en septembre dernier, pour ne pas parasiter la compréhension du texte.

Contrairement au but recherché, cet effort a supprimé une partie de mystère, notamment en ce qui concerne les trois figures historiques convoquées, Hérodiade, Hérode et Jean-Baptiste. Là où l’écriture se soucie d’un travail rythmique et d’une certaine prosodie, elle fait naître sur scène certaines longueurs et redondances. Ainsi, à vouloir être compréhensible, je suis arrivé, parfois, à la limite du didactisme.

Il faudra réussir à déterminer si la mise en scène nécessite un découpage dans le texte ou si c’est l’écriture elle-même qui doit être revue.

De beaux moments émergent néanmoins : la voix rauque de Nina Hagen, nous invitant à un moment de rêverie; les minutes du procès des Pussy Riot égrennées par les enceintes accoustiques à vue. Les présentations de septembre, de novembre et de ce mois de décembre me permettent de repérer des pistes qui affirment leur pertinence et leur force.

La restitution des minutes du procès, semble s’imposer comme un matériau nécessaire. Cependant elle est sûrement un peu trop présente, à tel point que le sujet semble être davantage le pouvoir politique et le pouvoir religieux en Russie – et les conséquences que cela a sur le traitement des femmes – que l’histoire de Salomé.

Il me faudra veiller à trouver un équilibre permettant aux matériaux issus du réel de venir éclairer le mythe et non l’inverse.

Le Roi Béquille

Libre adaptation du texte de Laure Vallès
Cie Du vent dans la caboche – Florence Garcia, Damaris Daverio, Romain Le Gall Brachet.Espace du réel / espace de la fiction

La seconde présentation de la soirée proposait une étape d’un travail, entrepris il y a plusieurs mois avec le soutien du Théâtre aux mains nues et à la suite d’une résidence à la Ferme Godier.Ce texte aux allures brechtiennes raconte l’histoire d’un roi qui, à la suite d’un accident de cheval, doit être « embéquillé ». Par ressentiment, il décide d’imposer le même sort à tous, le port de la béquille. Ceux qui refusent sont immédiatement décapités. Le conte interroge alors l’espace entre l’obligation d’obéir et l’adhésion volontariste à une forme qui ne trouble pas le pouvoir. Nous sommes dans un conte sur la soumission volontaire au pouvoir, interrogeant tant la résignation que la capacité de contestation d’un peuple.

Les deux comédiennes assument un rôle de conteuses et, à la fois, d’interprètes des différents personnages. Une fois de plus la question se pose d’accompagner le spectateur vers l’écoute des enjeux d’un texte, en proposant une lecture claire des signes mis en œuvre sur le plateau.

La transition entre les deux fonctions – conteuse et interprète – a été un point important de discussion à la suite de la présentation. Dans la proposition qui nous a été présentée, le pouvoir du roi sur ses sujets déborde jusqu’à avoir de l’emprise sur les comédiennes elles-mêmes. Ainsi ce qui “donne vie” à la marionnette semble à son tour dirigé par celle-ci.

Durant le temps de la représentation, la convention théâtrale nous permet de faire cohabiter deux champs : le champ du réel, dans lequel se trouve le comédien et le champ de la fiction dans lequel se trouve le personnage. Il est clair que, au moment de la représentation, l’interprète est indissolublement à la fois lui même et le personnage, mais dans les deux champs différents. La convention théâtrale (ceci n’est pas de la magie mais un jeu de rôle) permet au spectateur de jouir de la représentation. Ceci est à la fois le corps du comédien et celui du personnage : le corps du comédien qui s’efface, symboliquement, au moment du jeu, pour laisser place à la présence du corps du personnage.

En ce qui concerne l’interprétation par la marionnette ou l’objet, le phénomène se complexifie. Le comédien et l’instrument (poupée, marionnette, objet construit ou ready-made, matériau) font partie de l’espace du réel pendant que ce qu’ils représentent fait partie de l’espace de la fiction, du représenté. Ainsi, dans le cas présent les comédiennes représentent à la fois les raconteuses en images et en voix et, « ce qui donne la vie » aux poupées de différentes natures. Cependant que les poupées, marionnettes, représentent les différents personnages de l’action. Chacun des éléments constituants, comédiennes et poupées, font partie, aux yeux des spectateurs, des deux champs concomitants du réel et de la fiction.

La comédienne, souvent nommée dans notre jargon, la manipulatrice ou la marionnettiste, qui fait partie de l’espace du réel peut-elle, de plus, être présente à nos yeux, dans l’espace de la fiction ? Peut être elle prendre la parole dans le cadre de la fiction, pour elle même, sans rompre la représentation ? Peut-elle représenter à la fois et la conteuse qui meut et donne la vie aux personnages et elle-même ?

Ainsi, lorsque le visage de la comédienne donne à lire du plaisir au moment de la torture ou de la décapitation d’un personnage : qui éprouve du plaisir à nos yeux ? le roi qui a donné l’ordre, la conteuse (personnage joué par la comédienne) qui nous rapporte l’histoire ou la comédienne qui en donne représentation ? Quels signes de plateau nous conduisent à percevoir qui est l’émetteur de ce plaisir de tuer ? Comment, par quels signes conduire le spectateur vers le partage de ce que l’on veut mettre en jeu ?

Cette représentation du Roi béquille proposait trois niveaux de personnages: le roi à taille humaine mobilisant une des manipulatrices, la cour du roi, personnages de plus petite dimension, constitués de têtes et de corps en tissus souple, et le peuple, petites effigies sans articulations qui peuvent être brandies. Chaque groupe nécessite des modes de jeu différents. Mais leur construction même interroge leurs mobilité. Dans certains cas, le jeu des comédiennes peut déborder le jeu des poupées. Mais qui alors est en jeu ? Le personnage animé, la conteuse représentée par le corps de la comédienne ou l’interprète ? La comédienne cesse-t-elle de représenter la conteuse lorsqu’elle anime les poupées ?

Voilà une discussion qui nous a portés, et de manière véhémente, pendant une grande partie des échanges de travail et qui nous a emmenés loin dans la nuit jusqu’aux derniers métros, réel oblige.

​ACTUALITÉ

Vous pouvez aussi consultez les activités de nos partenaires :
Le Théâtre aux Mains Nues (Paris 20ème)
La Nef (Pantin)
Le Mouffetard – Théâtre des Arts de la Marionnette
Le Théâtre Jean Arp à Clamart
THEMAA
Le PAM portail des arts de la marionnette

LABORATOIRE CLASTIC 16ème année

L’utilisation de matières, d’objets, d’effigies, de marionnettes au théâtre, interroge et renouvelle les formes de l’interprétation et re-poétise la représentation dramatique. Qu’est-ce qui oeuvre au coeur de cette émergence et bouleverse la représentation ?

Le Laboratoire constitue un appel à projets permanent. Il se veut un moment, hors des obligations de production, pour explorer librement des formes d’interprétation, des pressentiments, des options, des pistes de travail, des entreprises fragiles. Il se veut aussi un lieu de redécouverte du théâtre par les objets et les corps artificiels.

Chaque mois, le laboratoire réunit interprètes confirmés, amateurs, metteurs en scène, auteurs, plasticiens et jeunes artistes. Chacun apporte et montre son travail. Il s’agit d’un jardinage collectif pour conserver au théâtre sa biodiversité naturelle.

Le Laboratoire est également un lieu d’auscultation du texte contemporain. Le théâtre a besoin d’auteurs, de dramaturgies fortes, de contenus à partager. Il ne peut se réduire à un simple moment de divertissement. Nous avons pensé, un moment, que la bataille des auteurs était gagnée. Il n’en est rien. La réalité de la diffusion théâtrale nous redit l’engouement du public (ou des diffuseurs ? ou des financeurs ?) pour les formes faciles, étonnantes, nouvelles, formelles, divertissantes.

Peut-on, doit-on, faut-il continuer ? A travers le temps, le Laboratoire fonctionne comme une porte ouverte à l’inconnu, parfois submergé, parfois désert. Il demeure un moment irremplaçable, comme un ostinato en musique, qui ne dit rien en soi mais maintient la tension. Le laboratoire est un lieu de résistance.

François Lazaro

Le Laboratoire Clastic est soutenu par le Ministère de la Culture DRAC d’Ile-de-France, la Région Ile-de-France, le Conseil Général des Hauts-de-Seine, et la Ville de Clichy-la-Garenne.

PROCHAIN LABO
mardi 17 FEVRIER 2015
N’hésitez pas à nous faire part de vos projets à expérimenter et à partager.
CLASTIC THEATRE
62, boulevard Victor Hugo, 92110 Clichy – Métro Porte de Clichy.
01 41 06 04 04 – clastic@clastictheatre.comwww.clastictheatre.com