LABORATOIRE CLASTIC > 16 JUIN 2015

 

LABO CLASTIC
Le texte contemporain et la marionnette sous toutes ses formes
Laboratoire d’expérimentation de formes dramatiques par la marionnette, l’objet, les matériaux.
MARDI 16 JUIN 2015, à 18h30
au Clastic Théâtre

ACTE SANS PAROLES 2
En Cie des Hères

“Actes sans paroles est un mime, une description minutieuse et sans fioritures de deux personnages : «A et B», dans des actes anodins du quotidien tel que se brosser les dents, rêver, regarder sa montre ou se peigner.

 

Le projet naît en 2014, durant la formation de l’acteur marionnettiste au Théâtre aux Mains Nues (Paris 20ème). Anne-Claire Boggio, Solène Fourt, Hamédy-weya Nean choisissent ensemble de travailler sur Actes sans paroles 2, séduit par le décalage que produit le texte. A trois, ils créent la mise en scène et un dispositif scénique original.
En 2014, Mélisse Magny, qui a aussi participé à la formation au TMN, rejoint le projet en remplacement de Solène Fourt.

CHRONIQUE CLASTIC n°13
par Rémi Deulceux

La tempête jette
le monde par dessus bord
nage allègrement.

(Haïku Clastic)

 

CARNET DE NOTES #4

François, dans ta dernière création, Origine / Monde, tu déclares :

« La marionnette c’est pas difficile… »
Mais la marionnette, c’est quoi ? On parle de théâtre de marionnettes.
Mais l’art de la marionnette, est-ce du théâtre ?
De la même manière que la question se pose pour la danse ou le cirque, faut-il regrouper ces pratiques dans un art global de la représentation (nommé alors théâtre) ou séparer les disciplines en fonction des « instruments » utilisés ?

Il y a, chez les acteurs de la marionnette une volonté de sortir de l’image seulement folklorique (image qui porte aussi en elle l’équation « marionnette = jeune public »). À la manière du cirque nouveau.

Art de la représentation ou art de la performance ?

« C’est incroyable, elles ont l’air vivantes ! » entend t-on parfois à la fin d’une présentation.
Ce qui séduit serait donc quelqu’un qui sait manipuler. Si bien qu’il arrive à donner l’illusion du réel.
Qu’un comédien, au théâtre, sache jouer, cela est un minimum nécessaire.
L’époque est lointaine où on venait assister à une performance oratoire. Le temps de la déclamation.
Peut-on se satisfaire de la seule virtuosité technique?

Peut-être que les techniques de manipulation fascinent tant parce qu’elles donnent à voir/croire un travail d’une grande précision et d’une implication du corps, à la manière d’un athlète, là où le travail du comédien tend à le masquer (et c’est peut-être aussi de la responsabilité de comédiens qui ne jurent que par l’émotion, par l’incarnation : mon personnage est triste = je suis triste. Alors qu’il s’agit davantage d’une posture qui donne à lire la tristesse).

Est-ce que finalement, théâtre, marionnettes, danse, cirque, ne sont pas toujours et constamment tiraillés entre prouesse liée à leur discipline (on vient se donner en représentation, on montre ce qu’on est capable de faire) et dramaturgie de la forme, nécessaire au sens du spectacle.

Tous les textes ne se prêtent pas à la marionnette avec la même justesse. N’est ce pas précisément parce que la représentation par l’objet, la manipulation offrent une autre grille de lecture. Ne doivent-elles pas être vecteurs de sens avant d’être des démonstrations ?

Et c’est peut-être ce point de rencontre entre forme et sens que nous devrions précisément viser.
L’art de la marionnette serait à envisager comme un stratagème de mise en scène permettant la mise en exergue du sens. Un révélateur qui ne convient pas à tout mais qui procède d’une réflexion dramaturgique, préalable à toute création.

Qu’apporte la marionnette à tel ou tel texte ? Lui est-elle utile ? Faut-il partir du texte ou de la marionnette ?

Loin d’être anecdotique, cette question est porteuse de débats.

L’utilisation même du mot marionnette est problématique puisque qu’il désigne un art par son seul instrument. Il met en lumière l’objet que l’on vient montrer avant l’interprétation.

Y a t-il des représentations usant de la marionnette ou bien des marionnettes à faire jouer ?

R.D.

La marionnette est un instrument.

Qu’est ce qui est le plus important, jouer de la clarinette ou faire de la musique ?

La question ainsi posée divise en deux camps. Ceux qui voudraient toucher par la mise en jeu d’un contenu et ceux qui voudraient toucher par leur maitrise. Ou encore ceux qui auraient quelque chose à dire et ceux qui n’auraient rien à dire.

Revoilà la question du sujet et de l’objet, du fond et de la forme, du propos et du jeu. L’artiste s’exprime t-il ou est-il traversé ? A t-il quelque chose à dire ou quelque chose à écouter ? L’art doit-il être une aventure ou un plaisir ? L’art doit-il nous bouleverser ou nous distraire ?

Ce débat n’est-il pas celui de notre société toute entière aujourd’hui ? Accumuler ou chercher le sens ? Pourquoi un nouveau téléphone portable ? Pour son utilité indispensable ou pour en jouer, ou pour en jouir ? Où se cache le sens ? Etre ou avoir ? utiliser ou collectionner ?

Errer, est-ce se perdre ou se reconnaître en reconnaissant le chemin ?

Tout art, tout artisanat peut être pris par ces deux bouts : le sens et la maîtrise de l’instrumentation. Je connais des peintres qui essaient de bien faire les formes reconnaissables, qui s’attachent à la véracité d’un reflet, d’une transparence. Qui nierait l’intérêt des peintures d’Arcimboldo où les visages sont composés d’accumulations de fruits et de légumes ? Qui nierait l’intérêt de certains jeux formels éblouissants de Dali ? Picasso pouvait tout à la fois peindre Guernica et, l’instant suivant, laisser errer son pinceau sur une page blanche.

Il nous faut bien reconnaître que certains virtuoses nous éblouissent par le sacrifice de leur temps, de leur vie, au service du geste parfait. Lorsque le jeu formel engage l’humain, parfois aux limites de la mort, comme pour le trapéziste, les skieurs de l’Himalaya ou l’homme fusée, nous admirons l’exploit mais en même temps quelque chose de la fragilité de l’humain et du prix de la vie a été mis en représentation.

Peut être la vraie question n’est-elle pas celle de l’entrée en écriture (par le sujet ou par la forme) mais celle de l’engagement.

Au delà, la question peut-être importante pour l’avenir de notre art. Il y a quelques années, le Ministère de la Culture et de la Communication s’est interrogé sur une classification, concernant les pratiques des arts de la représentation, qui plaçait d’un côté les arts et de l’autre les arts populaires, d’un coté le théâtre, la danse, la musique et de l’autre, les arts populaires : cirque, arts de la rue, marionnette. La question avait été posée à notre profession par Robert ABIRACHED, alors directeur de la Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles : Êtes-vous dans le théâtre ou hors le théâtre, partie prenante de l’art dramatique ou un art autonome ? Notre réponse collective avait alors été « nous sommes l’une des composantes du théâtre ».

La question est-elle reposée aujourd’hui ?

Le Ministère utilise actuellement, sur son site et dans sa classification, une catégorie générale qui s’énonce : « Théâtre, spectacles ». Voilà une autre interrogation qui rejoint notre préoccupation. Est-ce du théâtre ou est-ce du spectacle ? Ce débat fait état du trouble d’une société.

F.L.

 

​ACTUALITÉSOrigine / Monde, la dernière création de François Lazaro et Daniel Lemahieu continue son aventure de maison en maison. Posant la question de l’origine des gestes, de la marionnette et – peut-être – celle de l’humanité.

« À la tombée du jour, avec quelques matériaux pauvres et un peu de lumière, François Lazaro réveille le vide obscur, fait apparaitre et disparaitre le monde, naître les gestes et les humains. Il explore à vue les rouages du théâtre et nous guide dans les coulisses de sa fabrication. »

Renseignements auprès de la compagnie : 01.41.06.04.04 ou clastic@clastictheatre.com
Vous pouvez aussi consultez les activités de nos partenaires :
Le Théâtre aux Mains Nues (Paris 20ème)
La Nef (Pantin)
Le Mouffetard – Théâtre des Arts de la Marionnette
Le Théâtre Jean Arp à Clamart
THEMAA
Le PAM portail des arts de la marionnette
LABORATOIRE CLASTIC 16ème année

L’utilisation de matières, d’objets, d’effigies, de marionnettes au théâtre, interroge et renouvelle les formes de l’interprétation et re-poétise la représentation dramatique. Qu’est-ce qui oeuvre au coeur de cette émergence et bouleverse la représentation ?

Le Laboratoire constitue un appel à projets permanent. Il se veut un moment, hors des obligations de production, pour explorer librement des formes d’interprétation, des pressentiments, des options, des pistes de travail, des entreprises fragiles. Il se veut aussi un lieu de redécouverte du théâtre par les objets et les corps artificiels.

Chaque mois, le laboratoire réunit interprètes confirmés, amateurs, metteurs en scène, auteurs, plasticiens et jeunes artistes. Chacun apporte et montre son travail. Il s’agit d’un jardinage collectif pour conserver au théâtre sa biodiversité naturelle.

Le Laboratoire est également un lieu d’auscultation du texte contemporain. Le théâtre a besoin d’auteurs, de dramaturgies fortes, de contenus à partager. Il ne peut se réduire à un simple moment de divertissement. Nous avons pensé, un moment, que la bataille des auteurs était gagnée. Il n’en est rien. La réalité de la diffusion théâtrale nous redit l’engouement du public (ou des diffuseurs ? ou des financeurs ?) pour les formes faciles, étonnantes, nouvelles, formelles, divertissantes.

Peut-on, doit-on, faut-il continuer ? A travers le temps, le Laboratoire fonctionne comme une porte ouverte à l’inconnu, parfois submergé, parfois désert. Il demeure un moment irremplaçable, comme un ostinato en musique, qui ne dit rien en soi mais maintient la tension. Le laboratoire est un lieu de résistance.

François Lazaro

Le Laboratoire Clastic est soutenu par le Ministère de la Culture DRAC d’Ile-de-France, la Région Ile-de-France, le Conseil Général des Hauts-de-Seine, et la Ville de Clichy-la-Garenne.

PROCHAIN LABO
Rentrée 2015
N’hésitez pas à nous faire part de vos projets à expérimenter et à partager.
CLASTIC THEATRE
62, boulevard Victor Hugo, 92110 Clichy – Métro Porte de Clichy.
01 41 06 04 04 – clastic@clastictheatre.comwww.clastictheatre.com