LABORATOIRE CLASTIC > 12 JANVIER 2016

 

LABO CLASTIC
Le texte contemporain et la marionnette sous toutes ses formes
Laboratoire d’expérimentation de formes dramatiques par la marionnette, l’objet, les matériaux.MARDI 12 JANVIER 2016 à 18h30
CHANTIERS DU 12 JANVIER
ÉTOILE extrait de si ça va, Bravo
de Jean-Claude GRUMBERG

Par Corinne LECONTE
« En tête des dialogues de Si ça va, bravo (2011), Jean-Claude Grumberg renseigne comme unique didascalie : « personnages : se joue à deux minimum ».L’an passé en stage « ventriloquie et manipulation, où, qui parle » à la Nef-manufacture d’utopies,  j’ai commencé à explorer la relation avec Mata-mata, gueule en mousse, longs cils et fausse fourrure, moteur d’un jeu nécessairement intime et directe… Grâce à quelques répliques extraites du théâtre de Jean-Claude Grumberg, j’ai commencé à sentir assez naturellement l’idée de « jouer à deux voix minimum. »

C’est donc dans la poursuite de mon apprentissage de la ventriloquie, qui draine technique et énergie de cabaret, et afin d’expérimenter comment la voix ventriloquée peut servir l’interprétation de textes ou chansons d’auteurs qui n’ont pas été préalablement écrits pour elle, à sa façon et dans quelles dimensions, que je propose de participer au Labo du Clastic. »

CHRONIQUE CLASTIC n°16
par Rémi DeulceuxMémoire de laboratoire
Mardi 8 Décembre 2015
En présence de : Jason ABAJO, Rémi DEULCEUX, Nicolas GOUSSEFF, Elzbieta JEZNACH, François LAZARO, Corinne LECONTE, Julie POSTEL, Catalina SOSA SIERRA, Isabelle YOUNG.

Dissonances de Michel AZAMA
Par Jason ABAJO

C’est la vingtaine de monologues qui constituent la pièce de Michel Azama que se propose de mettre en scène Jason ABAJO (dont c’est le premier travail autour des formes animées – dans la suite de l’atelier mené à Paris III avec François LAZARO l’année dernière). Dans le cadre de ce premier chantier, il nous en dévoile deux. Deux propositions courtes questionnant sa place dans le dispositif, à la fois acteur de la narration et interprête, usant, entre autre, de parties dissociées de son corps comme effigie.Chantier à suivre…

NOTES DE TRAVAIL :

– Ecrites sur papier, toutes ces solitudes seront de papier.
– Fragilité du matériau pour accorder présence à la fragilité de ces paroles, de ces cas, de ces personnages.
– Docilité du matériau  qui peut se plier, se déplier, se déchirer devant ces amours, ces possessions parfois trop absolues.

– L’humain aussi peut se déchirer.

F.L.

DÉLIRE À DEUX (et à tant qu’on veut) d’EUGÈNE IONESCO 
Par Nicolas GOUSSEFF

Nicolas Gousseff continue son auscultation du texte d’Eugène Ionesco, chaises en main, chaises en corps, texte en chaise, corps en bouche, pour entendre ce qui se parle, ce qui se trame dans ce texte en apparence anodin.

Vaudevile burlesque ou tragédie du couple,… ou tragédie de la langue une fois de plus, où s’engluent ELLE et LUI, dans l’impossibilité et de rester ensemble et de se séparer pendant que tout autour le monde se fait et se défait.

NOTES DE TRAVAIL

– Les chaises sont de bois. L’interprète doit également être de bois devant ces deux personnages qu’il sert. Parler de bois. Ne pas prendre partie, ne pas être ému, juste témoigner.
– Parler chaise puis parler soi.
– Parler pour la chaise; parler par la chaise.
– Prendre la place de la chaise et la lui rendre.
– Etre à l’étroit. Se laisser enfermer dans l’étau des deux chaises. Parler de là, du milieu du nœud.
– Ne pas jouer. Juste répéter.
– Ne pas oublier de regarder.

F.L.

ÉVEIL (fragments)
De et par Rémi DEULCEUX

Nouvelle exploration littéraire. Commencer un nouveau texte. Commencer à nouveau à écrire. Pourquoi écrire aujourd’hui ? Quel but ? Quelle fonction ? Tout ça, à quoi ça sert ?
ÉVEIL – titre provisoire – c’est un besoin de parler de la nuit. La nuit, obscurantisme ou espace des pensées. Lieu de l’inconnu, des possibles. Des ouvertures autant que des replis.
« Écrire, c’est entrer dans la solitude où menace la fascination. » L’espace littéraire, M.BlanchotNOTES DE TRAVAIL

– « On trouve beaucoup dans la solitude… notamment la solitude »
Proverbe bouddhiste
– Faut-il regarder du coté de sa propre solitude pour voir à quelle distance sont les autres ?
– Dans le noir il fait noir.
– Fouiller l’obscurantisme, est-ce de l’obscurantisme ?

– Malgré tout, on voit une présence debout.
– On entend sans voir, mais on entend.
– Des mots nomment, font le compte des états, des coups, des vides, font mémoire, rencontrent d’autres mots non encore exprimés à l’intérieur de nous, apaisent ?
– Parfois des apparitions des oiseaux, des vols, une ombre, un ruissellement…
– Des blocs de mots nous heurtent.
– Ici, pas de corps, plutôt des passages, des fantômes.

F.L.

CARNET DE NOTES #7Les Solitudes Artistiques, un Art de la Mort.Quels liens tisser entre la littérature et les arts de la représentation ? Comment construire un pont entre une discipline, la Littérature, qui vise à sa propre disparition et une autre, la « Marionnette » et le théâtre de manière plus large, qui vise à montrer ?

Mallarmé, Blanchot, Bataille, Laporte, Beckett… nombreux sont les auteurs qui ont tenté de lever le voile sur le mystère de l’acte d’écrire, mystère de la vie, de l’être. Constat toujours renouvellé d’une nature qui échappe, d’une réponse qui s’enfuit dès qu’une tentative de révéler, de nommer se met en mouvement.« Le vrai peintre, toute sa vie, cherche la Peinture ; le vrai poète la Poésie, etc. Car ce ne sont point des activités déterminées. Dans celles-ci il faut créer le besoin, le but, les moyens et jusqu’aux obstacles. » P.ValéryIl y a, dans l’essence de la littérature, quelque chose du divin, de l’inhumain. On remarquera que dans les religions, Dieu ne peut se nommer car ce serait l’enfermer dans un mot. Or, s’il est la totalité de ce qui est, son nom, comme sa nature, ne peuvent correspondre à ce que la langue peut nommer, dans toute son imperfection, ses approximations.

Dans L’espace Littéraire, Maurice Blanchot nous dit :

« Écrire, c’est briser le lien qui unit la parole à moi-même (…) C’est, en outre, retirer le langage du cours du monde. »

Deux mouvements, donc. Tout d’abord, arracher la langue à sa simple utilité, son usage de représentation du monde, de figuration. Mais c’est aussi l’arracher à soi-même, en accepter l’autorité, accepter l’Infini du monde que la langue nous révèle, dans lequel elle nous plonge.

« Qui creuse le vers meurt, rencontre sa mort comme abîme. »

Comment ces pensées littéraires, ces questionnements peuvent-ils s’appliquer à la marionnette et aux arts de la représentation ?

Que cherche le comédien-marionnettiste, le metteur en scène ? Que serait la Marionnette ? D’une manière plus globalisante, vers quoi tendent les arts de la représentation ? Si l’on tente cette mise en relation entre littérature et arts de la représentation, quelle est l’essence de cette pratique ?

Kafka dit qu’il a trouvé la littérature quand il a réussi à substituer le « Il » au « Je ». Comment ne pas y voir des résonnances avec le travail d’interprêtation scénique. Dans cette mise à distance qu’il évoque, ne peut-on pas lire le questionnement dont s’empare le comédien ?

N’est-ce pas l’endroit que convoque Brecht avec sa Distanciation, une mise à distance entre l’acteur et les mots qu’il prononce ?

« La vie ne peut être exprimée en art que par le manque de vie et le recours à la mort, au travers des apparences, de la vacuité, de l’absence de tout message. » dit Kantor.Mort métaphorique de celui qui crée. Mort de l’Ego, du « Je » au profit d’un « Il ».Voilà sans doute la force du lien entre littérature et arts de la représentation, car c’est à cette abstraction de soi au profit d’un « autre » que nous invite l’interprêtation par délégation.

R.D.

——

Ecrire, est-ce représenter ?
Au théâtre, pour représenter il faut que je disparaisse. Pour qu’Othello, que je joue, puisse être présent, il faut que JE, malgré mon corps,  n’y soit plus. Alors peut advenir la  présence de la fiction.
Pour qu’à la place du bout de bois il y ait Othello, le bout de bois ne peut rien y faire… et, dans une certaine manière, l’interprète non plus. Il ne peut que faire des suggestions. C’est le spectateur qui par la force de sa projection, oubliera (occultera ?) un moment, les qualités du bout de bois pour accueillir la présence d’Othello. Oui, il ne les oubliera pas, il les occultera plutôt, car ces qualités du bout de bois constitueront une part d’Othello, il les retrouvera dans Othello.
Interpréter, c’est jouer : ceci est moi et pas moi à la fois. Ce bout de bois est bout de bois et pas bout de bois à la fois. C’est être dans le jeu.
« La vie ne peut être exprimée en art que par le manque de vie et le recours à la mort, au travers des apparences, de la vacuité, de l’absence de tout message. » dit Kantor. Et je l’approuve bien entendu. Mais peut être faut-il préciser :
nous n’essayons pas d’exprimer la vie, elle s’exprime elle même hors de nous, comme le jus du citron, à toute vitesse, trop vite. Nous essayons plutôt de la retenir un moment, de la représenter, de la figurer, donc de la figer dans des formes, pour la retenir, pour nous donner l’illusion que nous la possédons, que nous la connaissons, que nous connaissons son chemin. Nous ne pouvons voir la course de la vie d’une certaine manière que dans sa représentation figée, sa mort. Combien une nature morte peut nous parler de la maturité du fruit et de la fragilité de cette vie.

Pour jouer sur scène, il faut que le JE disparaisse. Mais disparaître, ce n’est pas mourir (il n’y a pas de sacrifice. Il ne sert à rien de se sacrifier sur l’autel de la vie). Le sucre disparaît dans le café mais il est toujours là et se révèle puissammentdans le goût.
Ce que nous essayons d’atteindre ce n’est pas le « il », ça, ce n’est qu’un stratagème. Ce que nous traquons, c’est le « ça », l’indicible mystère, la source de la vie elle même, le pourquoi des choses. Chacun sa technique, mais il faut reconnaître que les artistes de la préhistoire et les artistes ancestraux africains nous ont devancé dans la qualité des représentations des réalités qui nous sont cachées. Et nous ne savons que grimacer.

Christophe Sauvion rappelle ce que dit Samuel Beckett dans Premier amour : « Mais les figures des vivants, toujours en train de grimacer, avec le sang à fleur de peau, est-ce des objets ? »

F.L.

​ACTUALITÉS
COMPAGNONNAGE CLASTIC
DÉLIRE À DEUX (et à tant qu’on veut)
de Eugène IONESCO
Par Nicolas GOUSSEFF

Nicolas Gousseff entreprend une performance : l’auscultation du texte d’Eugène Ionesco, Délire à deux, avec deux chaises et son corps. Chaises en main, chaises en corps, texte en chaise, corps en bouche, il entremêle les corps pour entendre ce qui se parle, ce qui se trame dans ce texte en apparence anodin.

 
Vaudeville burlesque ou tragédie du couple ?… ou tragédie de la langue, une fois de plus ? … où ELLE et LUI s’engluent, dans l’impossibilité et de rester ensemble et de se séparer, pendant que tout autour le monde se fait et se défait.

PREMIÈRES REPRÉSENTATIONS AU
Théâtre aux Mains Nues
du 27 au 31 janvier 2016
(tous les jours à 20h., samedi à 16h. et 20h., dimanche à 16h.)
RÉSERVATIONS TMN
01 43 72 60 28 

 

C’EST CON CONTINUE

Le « groupe de combat » marionnettique issu du stage de formation MANIPULATIONS PRIMITIVES – Interpréter par la marionnette u l’objet, effectué en novembre par François Lazaro à Chuncheon, en Corée du Sud, continue au complet. Objectif : un Laboratoire mensuel. Première réunion à l’occasion des fêtes. Tout le monde est là. Pas encore les marionnettes en mains mais des mots, des regards, des projets croisés…

Un amical salut à cette nouvelle fraternité du « faire ensemble ». Nous suivrons attentivement l’évolution de ce Laboratoire.

Lien

Vous pouvez aussi consultez les activités de nos partenaires :

Le Théâtre aux Mains Nues (Paris 20ème)
La Nef (Pantin)
Le Mouffetard – Théâtre des Arts de la Marionnette
Le Théâtre Jean Arp à Clamart
THEMAA
Le PAM portail des arts de la marionnette
LABORATOIRE CLASTIC 16ème annéeL’utilisation de matières, d’objets, d’effigies, de marionnettes au théâtre, interroge et renouvelle les formes de l’interprétation et re-poétise la représentation dramatique. Qu’est-ce qui oeuvre au coeur de cette émergence et bouleverse la représentation ?

Le Laboratoire constitue un appel à projets permanent. Il se veut un moment, hors des obligations de production, pour explorer librement des formes d’interprétation, des pressentiments, des options, des pistes de travail, des entreprises fragiles. Il se veut aussi un lieu de redécouverte du théâtre par les objets et les corps artificiels.

Chaque mois, le laboratoire réunit interprètes confirmés, amateurs, metteurs en scène, auteurs, plasticiens et jeunes artistes. Chacun apporte et montre son travail. Il s’agit d’un jardinage collectif pour conserver au théâtre sa biodiversité naturelle.

Le Laboratoire est également un lieu d’auscultation du texte contemporain. Le théâtre a besoin d’auteurs, de dramaturgies fortes, de contenus à partager. Il ne peut se réduire à un simple moment de divertissement. Nous avons pensé, un moment, que la bataille des auteurs était gagnée. Il n’en est rien. La réalité de la diffusion théâtrale nous redit l’engouement du public (ou des diffuseurs ? ou des financeurs ?) pour les formes faciles, étonnantes, nouvelles, formelles, divertissantes.

Peut-on, doit-on, faut-il continuer ? A travers le temps, le Laboratoire fonctionne comme une porte ouverte à l’inconnu, parfois submergé, parfois désert. Il demeure un moment irremplaçable, comme un ostinato en musique, qui ne dit rien en soi mais maintient la tension. Le laboratoire est un lieu de résistance.

François Lazaro

Le Laboratoire Clastic est soutenu par le Ministère de la Culture DRAC d’Ile-de-France, la Région Ile-de-France, le Conseil Départemental des Hauts-de-Seine, et la Ville de Clichy-la-Garenne.

PROCHAIN LABO
MARDI 16 FÉVRIER 2016
N’hésitez pas à nous faire part de vos projets à expérimenter et à partager.
CLASTIC THEATRE
62, boulevard Victor Hugo, 92110 Clichy – Métro Porte de Clichy.
01 41 06 04 04 – clastic@clastictheatre.comwww.clastictheatre.com