LABORATOIRE CLASTIC > 10 NOVEMBRE 2015

 

LABO CLASTIC
Le texte contemporain et la marionnette sous toutes ses formes
Laboratoire d’expérimentation de formes dramatiques par la marionnette, l’objet, les matériaux.

MARDI 10 NOVEMBRE à 18h30

À Daniel LEMAHIEU.
LE TEXTE CONTEMPORAIN

« Quand on s’écoute, c’est pas de la littérature qu’on entend » Daniel Lemahieu

Il est temps de revenir au texte.

Lorsqu’on voit la programmation du dernier Festival Mondial des Théâtres de Marionnette, excellent miroir de la création contemporaine, ou encore la liste des projets proposés par notre profession unie aux A VENIRS, force est de constater le peu de place occupée par un théâtre au service des textes d’auteurs dramatiques.
Après l’important travail de rapprochement entre les auteurs vivants et les arts de la marionnette effectué, à la charnière des années 1990 et 2000, entre autre avec le partenariat du CNES (Centre National des écritures du Spectacle) et de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, après le travail et l’engagement d’un certain nombre d’entre nous, compagnies dramatiques de théâtres de marionnette et de formes animées, développant des compagnonnages avec des auteurs dramatiques; après les années de Laboratoire Clastic aboutissant à un festival à Clichy , Objets et Comédies, essentiellement consacré à une marionnette au service du texte contemporain, force est de constater l’érosion de ce travail en observant :

– La force de séduction de spectacles soucieux de formes nouvelles, au détriment du sens,
– L’affaiblissement de la notion de service (du plateau, du texte, de l’auteur, de l’œuvre, du personnage,…), derrière la volonté d’étonner, de se distinguer, d’être voyant,
– Le risque de disparition de la notion d’œuvre au bénéfice d’écritures autocentrées et non reproductibles,
– Le peu d’enthousiasme à prendre à bras le corps les textes des écrivains de théâtre d’aujourd’hui,

Nous pensions avoir gagné la bataille des auteurs pour la marionnette. Il n’en est rien. Et l’on voit ressurgir la critique, adressée à la marionnette, d’une dramaturgie insuffisante ou d’un manque de sens.

Lorsqu’on a vu le Fin de Partie de Samuel Beckett ou Les Chaises d’Eugène Ionesco montés par Hubert Jappelle dans les années 70, le montages des textes de Novarina effectués par Aurelia Ivan ou Nicolas Gousseff, le Théâtre décomposé de Matei Visniec par Alain Lecucq, les effets de la collaboration de Gérard Lépinois et Dominique Houdart, ou les différents montages par la marionnette de La Mastication des Morts de Patrick Kermann, etc… on reste convaincu de la nécessité de s’obstiner à vouloir retendre des fils entre les écrivains de théâtre et les arts de la représentation par les effigies, les poupées et les matières.
On se dit que les stratégies de représentation par la marionnette sont capables de nous faire entendre l’invisible autrement que ne peut le faire le comédien, de proposer d’autres lectures, d’enrichir notre vocabulaire pour dire le monde.
Aujourd’hui, le débat ressurgit de savoir si les arts de la marionnette constituent un art particulier du théâtre où s’ils constituent un art à part, uniquement tendu vers l’invention de formes et les écritures de plateau. Sans doute permettent-ils les deux. Le danger est grand pour les jeunes interprètes ou metteurs en scène de se précipiter vers la construction de leur propre univers avant même d’avoir mesuré leurs compétences à se mettre au service de personnages, de textes, d’œuvres. Il nous appartient d’être attentifs à ne pas laisser se multiplier les univers particuliers, sans prendre soin de les confronter, de les jauger, de les mettre au défi des textes des auteurs vivants, des écrivains de théâtre d’aujourd’hui, d’œuvres à servir et à faire entendre.

Le Clastic Théâtre, réaffirme la nécessité, pour les arts de la marionnette, arts particuliers du théâtre, d’avoir aussi à se mettre au service des œuvres et d’y apprendre le théâtre pour s’empêcher de n’être qu’un divertissement et empêcher un glissement vers un art du spectaculaire au détriment d’un art de la représentation.

Cette conviction a nourri et nourrira encore le travail du Laboratoire Clastic et son travail de Compagnonnage et d’accompagnement artistique.

Tout au long des saisons qui viennent, le Laboratoire Clastic et le dispositif de Compagnonnage du Clastic Théâtre privilégieront les chantiers ouverts au service de textes d’auteurs dramatiques, les compagnonnages entre écrivains de théâtre et interprètes d’œuvres et les dispositifs pour favoriser ces rapprochements :
– Régulièrement de jeunes auteurs seront invités à lire leur travail
– Nous travaillerons avec des auteurs pour savoir ce que dramaturgie signifie
– Nous favoriserons la rencontre avec ces auteurs et le compagnonnage avec eux
– Nous organiserons des ateliers et des chantiers de travail entre écrivains de théâtre et interprètes par l’objet, la matière, l’effigie, la poupée.
– Nous établirons des passerelles avec d’autres compagnies, et structures qui travaillent dans ce sens.
– Nous serons attentifs aux artistes et projets artistiques qui s’attaquent aux textes d’écrivains de théâtre d’aujourd’hui.

François Lazaro

LA MASTICATION DES MORTS de P.Kermann
Par Adèle COUETIL

Ancienne étudiante à l’université de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle, Adèle COUETIL vient nous présenter une saynette en travail extraite de La mastication des Morts de Patrick Kermann : « Un personnage mort essaye de définir ce qu’est la mort et n’arrive à expliquer que ce qu’elle n’est pas. »

Durée : 5mn

L’OGGRE ET LA POUPÉE de Daniel Lemahieu
Par François LAZARO

Un Marionnetteur, homme de théâtre expérimenté, Un Oggre qui dévore tout
aveuglément, Lily la poupée fragile, et Kouki, le chiffon, le doudou, poupée de la poupée : quatre personnages dans un seul corps prolongé d’objets, d’excroissances et d’ombres. Les personnages naissent, meurent et renaissent. Sur le chemin d’un art de la juxtaposition du vivant et de l’inerte, François Lazaro explore ce texte de Daniel Lemahieu comme s’agissant d’un portrait du monstre en lui, des multiples voix dans la voix unique.

Sur le chemin de la création, François lazaro propose un ensemble de lectures publiques, gestualisées, actées pour travailler, à vue, à l’extraction des voix : quatre voix en une. Convocation de ces quatre zones de l’intime et de ses prolongements visuels.

CHRONIQUE CLASTIC n°14
par Rémi Deulceux

Mémoire de laboratoire
Mardi 16 juin 2015

En présence de : Nicole DESJARDINS, Rémi DEULCEUX, Clément DUPUY, Aurélia LABAYLE, Laura LALANDE, François LAZARO, Julie LE NINIVEN, Didier MAHASAHY, Françoise MARIE, Sandrine MONLEZUN, Hamédy-Weya NEAN, Bénédicte NIQUÈGE, Elsa PALLARÈS HUGEN, Julie POSTEL, Aurélie VILETTE.

Pour en finir avec le Jugement de Dieu
d’Antonin Artaud.
Lecture par Rémi Deulceux

C’est une lecture sans intentions précises que nous propose Rémi Deulceux. Une lecture pour entendre les mots, pour sortir de la diction d’Artaud si marquée. Revenir au texte, tel qu’il est.
Il cite en introduction Claude ROYET-JOURNOUD : « Je commence un nouveau livre quand le précédent me devient illisible ». Il dit ça. Alors, il parle d’un nouveau projet, d’une ébauche.
Il cite à nouveau : « L’écriture est un métier d’ignorance ».

Mon ange
Aurélia LABAYLE et Aurélie VILETTE (Cie les Crayons)

« Nous nous sommes présentées comme passeuses d’un texte et, aujourd’hui, nous faisons de la danse contact. »

Aurélia LABAYLE et Aurélie VILETTE sont de retour au laboratoire pour leur adaptation de Mon Ange, texte de l’auteur cubain Guillermo Rosales qu’elles veulent porter au plateau.
Ou
Aurélia LABAYLE et Aurélie VILETTE sont de retour au laboratoire pour tout autre chose.

Elles viennent aujourd’hui nous parler de leur parcours dans cette oeuvre, de leur difficulté à dire, de leur manque de temps, de l’influence de l’espace de travail, de leur collaboration.

Elles viennent dire le tragique à faire du théâtre.

Alors la danse contact. Puisqu’il faut dénouer, creuser, ou rebondir. Elles se tiennent par la main, ne se lâcheront plus. Ce qui existe entre ces deux artistes, ce lien, comme dernière ressource. Solide et vibrant, ce lien. Dans leur souffrance à faire, c’est leur humanité qui jaillit.
Et s’il ne devait y avoir rien d’autre que ça, si tout ce projet n’était que ça.
Un numéro de piste, deux passeuses, deux danseuses et ce texte qu’elles veulent tant faire entendre. 

Acte sans paroles 2 
En Cie des Hères

Présentation de l’intégralité d’Acte sans paroles 2 de Samuel Beckett.
La compagnie des Hères travaille à un dispositif de castelet, A et B sont figurés par des marionnettes à gaine.

Ils ont pris le parti de donner à entendre les didascalies du texte (qui en est totalement constitué) transformant les actions des personnages en exécution d’ordre. Les marionnettes sont soumises à la volonté des personnages que jouent les comédiens, dont seules les têtes apparaissent. Évoquant aussi la réception des contraintes de jeu imposées par l’auteur lui-même et la difficulté de s’en extraire.

CARNET DE NOTES #5

« L’ÉCRITURE EST UN MÉTIER D’IGNORANCE » *

Dans La poésie entière est préposition*Claude ROYET-JOURNOUD dit, donc, de l’écriture que c’est « un métier d’ignorance ».

J’aimerais commencer par m’attarder, marquer un temps, sur ces deux mots en commençant par le second.

IGNORER : A. − Être dans l’état de ne pas pouvoir connaître quelque chose, quelqu’un. (CNRTL)

Cela ne dit pas qu’On ne connait pas – pas tout à fait – mais qu’On ne peut pas connaître.

On ne peut pas car nous n’en avons pas les capacités (physiques, techniques, autres…) ou parce que quelque chose nous en empêche (On ignore ce qui se trouve derrière un mur, par exemple.)

MÉTIER : A. − Activité manuelle ou mécanique nécessitant l’acquisition d’un savoir-faire, d’une pratique. (CNRTL)

L’écriture tiendrait donc à un savoir-faire qui serait l’ignorance elle-même.

À la manière de Nathalie Quintane interrogeant le ET dans « oubli ET littérature« , il reste à interroger le D’ dans « métier D’ ignorance. Métier fait d’ignorance, métier dont la qualité principale et indispensable serait l’ignorance, ou encore le métier correspondant le mieux à l’ignorance elle-même, seul métier propre à la révéler. Le métier DE l’ignorance comme le chien DE Martine.

« L’écriture est un métier d’ignorance. »

Écrire, c’est composer. Com-poser, poser ensemble, poser avec. C’est faire d’un ensemble d’éléments, éparpillés, un tout. C’est trouver le moyen de les relier. De rassembler. C’est imaginer des grilles de lectures, des cadres puis tenter péniblement de les tracer.

Pour écrire, il faut ne pas pouvoir savoir. Parce que l’écriture est ce chemin pour arriver à nommer. Arriver à dire, à retranscrire. La plus grande vertu de l’écriture, de mon point de vue, vertu qui la mène à être brûlée sous les dictatures, est cette nature destinée à interroger et à essayer de mettre des mots sur ce qui semble nous échapper. Elle agit comme un révélateur ou une interrogation.

Elle débarrasse de tout ce qui n’est pas, elle nomme ce qu’On veut exclure. (Je pense alors au travail de Roger Laporte sur sa « Biographie » qui écrit inlassablement l’autour de ce qu’il cherche à nommer, incapable d’y parvenir.) 

Elle ne dit pas la vérité, elle ne dit pas le réel mais elle parle. On ne peut pas demander à l’écriture d’être tout à fait impartiale, comme un exposé froid, un compte-rendu fidèle de ce qui est. Tout d’abord parce l’écriture suppose l’écrivant voire l’écrivain. Elle ne peut exister si un geste particulier ne la fait pas jaillir. Et comme ce geste est particulier – et donc propre à chacun – il y a autant d’écritures que d’écrivains/écrivants, autant de réels qu’il y a de personnes.

En cela peut-être, en cela sans doute, l’écriture ne peut être qu’un métier d’ignorance. Elle met à jour, en fixant une perception du monde, toutes les perceptions dont elle ne fait pas état à l’instant t (comme temps). Elle révèle son incapacité à connaître la totalité de ce qui est.

Le jeu – par les corps ou par les objets- , la mise en scène – des corps ou des objets -, comme l’écriture, sont des actes de compositions. Ils procèdent de cette même tentative de révéler ce qui est. Toujours échouant. Recommençant, toujours.

Dans cette quête – peut-être quête de vérité ou de la Vérité – le monde marionnetteux semble se heurter régulièrement à une question et ses variantes :

Qui manipule qui ?
Qui joue et qui est joué ?
Qui quoi que est que qui quoi ?

Marronnier marionnettique s’il en est, Qui manipule qui ? revient à se demander si ce n’est pas le trottoir qui tombe quand quelqu’un est à terre.

Le manipulateur manipule l’objet. Ceci est difficilement négociable ou à vouloir rentrer dans une mystique qui donnerait vie à l’objet.

Mais poser cette question, n’est ce pas une manière de mettre en lumière ce ou celui/celle qui doit être caché ?

R.D

​ACTUALITÉS

Origine / Monde, la dernière création de François Lazaro et Daniel Lemahieu continue son aventure de maison en maison. Posant la question de l’origine des gestes, de la marionnette et – peut-être – celle de l’humanité.

« À la tombée du jour, avec quelques matériaux pauvres et un peu de lumière, François Lazaro réveille le vide obscur, fait apparaitre et disparaitre le monde, naître les gestes et les humains. Il explore à vue les rouages du théâtre et nous guide dans les coulisses de sa fabrication. »

Renseignements auprès de la compagnie : 01.41.06.04.04 ou clastic@clastictheatre.com
Vous pouvez aussi consultez les activités de nos partenaires :
Le Théâtre aux Mains Nues (Paris 20ème)
La Nef (Pantin)
Le Mouffetard – Théâtre des Arts de la Marionnette
Le Théâtre Jean Arp à Clamart
THEMAA
Le PAM portail des arts de la marionnette

LABORATOIRE CLASTIC 16ème année

L’utilisation de matières, d’objets, d’effigies, de marionnettes au théâtre, interroge et renouvelle les formes de l’interprétation et re-poétise la représentation dramatique. Qu’est-ce qui oeuvre au coeur de cette émergence et bouleverse la représentation ?

Le Laboratoire constitue un appel à projets permanent. Il se veut un moment, hors des obligations de production, pour explorer librement des formes d’interprétation, des pressentiments, des options, des pistes de travail, des entreprises fragiles. Il se veut aussi un lieu de redécouverte du théâtre par les objets et les corps artificiels.

Chaque mois, le laboratoire réunit interprètes confirmés, amateurs, metteurs en scène, auteurs, plasticiens et jeunes artistes. Chacun apporte et montre son travail. Il s’agit d’un jardinage collectif pour conserver au théâtre sa biodiversité naturelle.

Le Laboratoire est également un lieu d’auscultation du texte contemporain. Le théâtre a besoin d’auteurs, de dramaturgies fortes, de contenus à partager. Il ne peut se réduire à un simple moment de divertissement. Nous avons pensé, un moment, que la bataille des auteurs était gagnée. Il n’en est rien. La réalité de la diffusion théâtrale nous redit l’engouement du public (ou des diffuseurs ? ou des financeurs ?) pour les formes faciles, étonnantes, nouvelles, formelles, divertissantes.

Peut-on, doit-on, faut-il continuer ? A travers le temps, le Laboratoire fonctionne comme une porte ouverte à l’inconnu, parfois submergé, parfois désert. Il demeure un moment irremplaçable, comme un ostinato en musique, qui ne dit rien en soi mais maintient la tension. Le laboratoire est un lieu de résistance.

François Lazaro

Le Laboratoire Clastic est soutenu par le Ministère de la Culture DRAC d’Ile-de-France, la Région Ile-de-France, le Conseil Général des Hauts-de-Seine, et la Ville de Clichy-la-Garenne.

PROCHAIN LABO
MARDI 8 DÉCEMBRE 2015
N’hésitez pas à nous faire part de vos projets à expérimenter et à partager.
CLASTIC THEATRE
62, boulevard Victor Hugo, 92110 Clichy – Métro Porte de Clichy.
01 41 06 04 04 – clastic@clastictheatre.comwww.clastictheatre.com