ORIGINE / MONDE

ORIGINE / MONDE

De Daniel LEMAHIEU et François LAZARO

ORIGINE / MONDE

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« […] nous ne connaissons le monde que par les gestes que nous lui infligeons en recevant les siens. C’est pour ainsi dire une sorte de duel tragique. Le monde nous envahit de toutes parts et nous conquérons le monde par nos gestes.  » Marcel Jousse

 

LE PROJET

Il suffit de peu pour faire apparaître l’humain. Un simple chiffon que l’on berce, une boule de papier froissé tenue à bout de doigts, le brusque surgissement d’une forme éveillent curieusement en nous la sensation d’une présence humaine. Rien n’est arrivé et pourtant tout s’est passé. Mystère profond du théâtre.

Poser, envelopper, ouvrir, écarter, prendre, repousser, agrandir, rapetisser, cacher, disparaître, revenir, détruire, ériger, protéger… La main nous permet de jouer le monde par le corps des choses. Du mime facial au mime des corps inertes, la marionnette nous rappelle que le théâtre est une affaire d’écriture et de convention. Les gestes simples — tendre un objet, le montrer, le ramener à soi, le cacher, en parler en son absence — nous renvoient aux sources du parler pour et de l’art des griots et des raconteurs.

A la tombée du jour, avec quelques matériaux pauvres et un peu de lumière, François Lazaro réveille le vide obscur d’un chaos béant, fait apparaître et disparaître le monde, naître les humains et les animaux, advenir des catastrophes, surgir des survivants.

Ce récit en actes est traversé par la pensée d’un certain nombre de chercheurs, anthropologues, philosophes, psychanalystes, mais aussi par les peintres, sculpteurs, qui, depuis l’antiquité, reproduisent les postures des mains et des corps expressifs et ont ainsi ébauché une sorte de grammaire intuitive de l’humain, une brassée de gestes premiers.

 

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LE SPECTACLE

Partant d’une forme théâtrale de conférence-démonstration, François Lazaro explore à vue les rouages du théâtre, avec quelques matériaux pauvres, et nous guide dans les coulisses de sa fabrication.

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AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE GESTE

« Les objets se taisent. Ils font silence. Ils n’ont nullement besoin de moi pour vivre. Vivre ? Énigme à ciel ouvert. Tandis que je passe tout à côté, ont-ils besoin que je les asticote pour qu’ils existent ? Peut-être existent-ils sans moi, bougent-ils sans moi ?

(…) Peut-on imaginer une présence de l’absence, une présence de ce qu’on ne voit pas ?… Est-il possible de sortir des images des entrailles des matériaux pauvres ?… Comment être actionniste avec l’objet si la question du sujet qui actionne n’est pas posée ?… Comment l’objet, « cette réalité du rang le plus bas », peut-il devenir le personnage essentiel de l’acte théâtral ?… Pour y parvenir, doit-on transformer l’acteur en mannequin androïde ?… Quand on dit : c’est à quel sujet ? ne devrait-on pas dire : c’est à quel objet ? Un tumulte sous mon crâne.

Je me dis que la marionnette ou l’objet font ce que l’acteur ne peut pas faire. L’homme, lui, agit, ou pâtit et consomme tout ce qu’il trouve à sa portée. Il est d’ailleurs devenu une décharge ambulante. Il vit avec ce qui reste : les reliefs d’une splendeur passée. Tout est de seconde main : le factice, la camelote, le colifichet, le gadget, la babiole sont rois. Tout est sans reflet. Cette situation conduit à des réflexes instantanés dans l’acte créateur : « prendre ce qu’on a sous la main » et chercher à exposer la présence de l’homme dans l’objet ou son absence dans la chose. »

Daniel Lemahieu

Extrait de “Notes pour un manifeste clastic”

 

DU GESTE DES PAROLES À LA PAROLE DES GESTES

Au théâtre, par quel mystère pouvons-nous projeter autant de significations, de fraternité, d’empathie sur une boîte en carton que l’on fait bouger ? Comment se fait-il que la boite en carton qui parle sur scène soit si présente ? Comment se fait-il qu’elle parle ? Comment se fait-il que je lui voie des mains, un ventre, un regard ? Comment se fait-il que je sois ému à l’intérieur de moi ? Comment fait-elle pour me parler à l’intérieur de moi ?

Quel lien secret existe entre les objets, la main qui les montre et notre oeil qui les voit ?

Que font mes mains de comédien quand je vous parle, quand je parle du monde ? Mes mains sont-elles présentes ? Que fait la main, lorsqu’elle me montre les objets et qu’elle fait surgir le monde ? Comment le monde surgit-il devant mes yeux ? Qu’est-ce qu’elle nous raconte ? Qu’est-ce qu’elle me raconte ? Qu’est-ce que ça vous raconte ?

Daniel Lemahieu, l’écrivain de théâtre et François Lazaro, le metteur en scène-interprète, deux spécialistes du théâtre de, avec, les objets, les pantins, les marionnettes, les mannequins, les prothèses et les matières, ont décidé de mettre en actes la somme de leurs observations, intuitions, sensations, notes de travail sur le sujet.

Un compagnonnage de 20 ans a déjà permis aux deux hommes de porter à la scène plusieurs pièces qui ont toutes été jouées à Clichy au Rutebeuf, à Henry Miller, au Conservatoire, dans la rue, à la Mairie, dans les cafés, centres sociaux, écoles, associations « Entre Chien et loup », « Le Rêve de votre vie », « Paroles mortes ou lettres de Pologne », « Glouglou c’est nous ! » « Un p’tit coup de théâtre », « Cabaret Clastic », « Les Énervés », « Nuit blanche », « Des Hurlements montaient le long des saules pleureurs ».

 

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L’ÉQUIPE

Textes Daniel Lemahieu
Mise en scène et jeu François Lazaro
Collaboration à l’écriture Danièle Lemahieu
Accompagnement artistique Rémi deulceux