LE HORLA

LE HORLA

de Guy de MAUPASSANT

LE HORLA

LE SPECTACLE

 

Ce travail est un travail de comédien autour d’une table,avec une marionnette seule, manipulée à bout de doits depuis la peine – ombre comme par un horla manipulateur. Travail où le dit et le montré s’enrichissent de cette dualité comédien – marionnette.

Travail sur la table parce que cela détermine un registre de taille pour la marionnette et un rapport précis de créateur à créature, qui nous ramènent aux poupées d’envoûtement, aux statuettes rituelles, aux figurines religieuses ou votives, aux jouets d’enfant, qui ont été nos outils d’apprentissage de l’humanité et nous ont permis de mettre des noms sur nos peurs.

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Travail à la table aussi pour ce que cela peut nous faire découvrir de différent dans la lecture de Maupassant, à voir une personnage manipulé à vue, qui ne voit pas ce qui le manipule et qui nous dit son mal d’être:

« 14 août – Je suis perdu, quelqu’un possède mon âme et la gouverne ! Quelqu’un ordonne tous mes actes, tous mes mouvements, toutes mes pensées. Je ne suis plus rien en moi, rien qu’un spectateur esclave et terrifié de toutes les choses que j’accomplis. Je désire sortir, je ne peux pas. Il ne veut pas ; et je reste assis… Sauvez-moi, secourez moi ! Pardon ! pitié ! Grâce ! Sauvez moi !. »

 

   Il sait ce qui le manipule et ne veut pas le voir.

 

Alors, il se fabrique un HORLA, double grotesque, visage de ses fruits, corps invisible d’un autre soi – même ignoré, contour insaisissable d’une folie que l’un ne veut pas voir.

 

Couple tragi – grotesque, l’homme est LE HORLA, les deux faces de l’être-là et hors-là en même temps, chemin d’un homme qui construit son propre embrasement, sa propre immobilité d’aliéné.

« Les fous m’attirent… J’aime à me pencher sur leur esprit vagabond, comme on se penche sur un gouffre où bouillonne tout au fond un torrent inconnu, qui vient on ne sait d’où et va on ne sait où. « 

 

Je ne pouvais pas ne pas croiser un jour ce Maupassant, fasciné par la folie, qui a manifesté dans son oeuvre tant d’attirance et d’inquiétude à l’égard des lisières de l’irréel et tant d’enthousiasme pour le fantastique.

 

Maupassant est, certes, intimement concerné par la folie. Il a peut-être déjà senti passer sur lui « le vent de l’aile de l’imbécillité ». Il mourra en 1893, à quarante trois ans, interné dans la clinique du docteur Blanche, au terme d’une complète déchéance physique et intellectuelle. Un Maupassant habité depuis combien de temps par ce « passant surnaturel », « l’Autre », « le Locataire noir », cet « inconnu » qui est derrière la porte, derrière la vie apparente  ?

 

Maupassant suit assidûment de 1884 à 1886, les cours du Docteur Charcot à la salle Pétrière, à Paris, à peu près au même moment que Sigmund Freud. C’est notamment à partir de ces travaux que ce dernier formera sa théorie de l’inconscient, dans un siècle où la folie est à la mode et où fleurissent les ouvrages sur la névrose, l’obsession et la suggestion. La folie est alors sujet d’étude, mais aussi de spectacle et on se délecte de séances où les patients sont plongés dans l’hypnose ou montrent des crises d’hystérie.

 

Mais Maupassant est aussi au sommet de son art. Ecrivain Lucide il sait , à partir des théories des aliénistes, laisser parler son intuition jusqu’à imaginer cet effroi absolu, LE HORLA, condensé lumineux de toutes les peurs humaines où se confondent pêle-mêle : « Les premières terreurs des peuples naïf, celui qu’exorcisaient les prêtres inquiets, que les sorciers évoquaient par les nuits sombres », les fous du docteur Charcot, les monstres des contes et des peurs enfantines.

 

Maupassant, écrivain acéré nous livre sans doute là, dans ce fil tendu entre peur et fascination, l’une de ses interrogations les plus intimes dans son voyage au bout de la nuit et, sans doute, l’un des plus beaux contes de la littérature fantastique.


 

L’ÉQUIPE

 

D’après Guy de Maupassant

Adaptation et mise en scène : François LAZARO

Avec l’aide de Pierre ALANIC

Scénographie et marionnette : Bertrand BARACHIN

Opéra : « Mefistofele » de Arrigho BOÏTO.

Production : Clastic Théâtre.

Interprétation : François LAZARO

Ce spectacle a été créé le 31 mars 1987 au Théâtre Paris-Villette,

dans le cadre des Semaines de la Marionnette à Paris..